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Briser l’omertà autour des violences gynécologiques et obstétricales

Briser l’omertà autour des violences gynécologiques et obstétricales

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Face à la nouvelle déferlante de témoignages en Flandre, les signataires appellent tous·tes les professionnel·les et organisations concerné·es à se mobiliser et à agir concrètement.

Fin novembre, De Morgen relatait les récits de sept femmes accusant un gynécologue flamand d’agressions sexuelles et d’humiliations. Depuis, plus de deux cent cinquante plaintes ont été déposées au Centre flamand de signalement des comportements transgressifs, certaines visant d’autres prestataires de soins. Cette nouvelle vague de témoignages met en évidence des comportements individuels mais aussi des dysfonctionnements structurels et des failles que le secteur ne peut plus ignorer. La méconnaissance des enjeux liés au genre, le sexisme institutionnel, certaines normes socioprofessionnelles ainsi qu’un vide juridique créent un terrain où toutes sortes de comportements problématiques peuvent passer inaperçus, être banalisés ou minimisés.

.Sept femmes se présentent au centre d’accueil des plaintes pour dénoncer un gynécologue flamand : « J’ai dit stop, deux fois, mais il n’a pas arrêté »
Les témoignages relatés dans le journal belge néerlandophone « Le Morgen » le 22 novembre ont déclenché un tsunami. Plus de 250 plaintes ont été déposées au Vlaams Meldpunt Grensoverschrijdend Gedrag.

Des violences invisibilisées pendant des années

Ces violences auraient pu — et dû — être détectées et sanctionnées il y a longtemps. Les victimes n’ont pu compter que sur elles-mêmes pour trouver un espace sûr, s’organiser et prendre contact avec un journaliste pour faire éclater la vérité. Ces démarches devraient être prises en charge par des dispositifs de protection. Mais elles reposent encore majoritairement sur les épaules des victimes. La plupart des professionnel·les ne sont pas des agresseur·euses, mais le problème demeure : malgré des témoignages massifs (#genoeggezwegen, #payetonutérus, #payetongynéco…), une littérature scientifique qui s’étoffe et des alertes institutionnelles, les violences gynécologiques et obstétricales (VGO) restent insuffisamment reconnues et prises en charge en Belgique. Comme plus largement, l’ensemble des violences sexistes et sexuelles dans les soins de santé.

Culture du silence et biais de perception

À partir de quel moment un comportement est-il jugé suffisamment grave pour déclencher une intervention ?

Même après des signalements, certaines patientes ont continué à être adressées à certain·es praticien·nes considéré·es comme de « bon·nes médecin·es ». En quoi cela pose-t-il problème ? Le fait que des professionnel·les de la santé puissent continuer à bénéficier d’une forte reconnaissance, et que leurs compétences ne soient pas remises en question alors même que des comportements transgressifs sont connus, alimente un habitus particulier. Certain·es peuvent alors en profiter pour exploiter leur statut et la posture de vulnérabilité spécifique des patientes lors des consultations, notamment pendant les examens gynécologiques (position sur le dos, jambes écartées, parties intimes exposées…), parfois pendant des années, sans jamais être inquiété·es.

Lorsque les patient·es doivent s’exposer physiquement et émotionnellement — ce qui concerne la quasi-totalité des étapes des trajets de soins en santé sexuelle et reproductive — cette vulnérabilité s’accentue, rendant d’autant plus crucial le respect des droits et des bonnes pratiques par les professionnel·les. Si des règles strictes existent (Loi relative aux droits du patient), leur mise en œuvre se heurte à de nombreux obstacles : méconnaissance des droits par les patientes, injonctions et normes genrées, manque de formation ou de connaissance du cadre légal par les professionnel·les, difficultés à traduire la théorie en pratique. Ces limites expliquent qu’un certain nombre de pratiques problématiques — dont des violences sexuelles commises dans le cadre des soins — aient pu se maintenir pendant des années sans être sanctionnées.

Tant que la culture institutionnelle qui tolère et minimise ces comportements ne changera pas, rien ne garantit que de telles dérives ne puissent pas se reproduire. L’adoption de sanctions proportionnées à la gravité des faits, à tous les niveaux (institutionnel, ordinal et pénal), est indispensable pour que cette culture évolue réellement.

Comme souligné dans l’un des témoignages, même des actes “bien intentionnés” peuvent être profondément transgressifs. Reconnaître et nommer ces expériences est un premier pas vers la transformation des pratiques et permet aux personnes concernées de jouer un rôle actif dans l’évolution des soins.

À quand un #metoo en santé ?

Des professionnel·les s’engagent individuellement, et leur investissement est précieux. Cependant, sans transformation structurelle et institutionnelle, ces efforts resteront isolés. Parler de bientraitance ou de soins respectueux n’a aucun sens tant que le problème et ses racines systémiques restent tabous. Nommer, documenter et comprendre la dimension institutionnelle des violences gynécologiques et obstétricales — même lorsqu’elles semblent mineures — est indispensable pour que le secteur évolue réellement. Sans cette reconnaissance, la méfiance envers les prestataires de soins gynécologiques et obstétricaux risque de s’aggraver, avec des conséquences directes sur la prévention, la santé sexuelle et reproductive et le dépistage de maladies graves.

Aujourd’hui, aucune structure ne permet de signaler de manière sûre, centralisée et réellement efficace les violences basées sur le genre — y compris celles qui surviennent en contexte de soins.

Les victimes de VGO et de violences sexistes et sexuelles (VSS) dans les soins rencontrent de nombreux obstacles pour signaler les violences : sidération, dissociation, peur de ne pas être crues, crainte de revivre des situations traumatisantes ou de subir des représailles… Ces difficultés sont encore plus grandes pour les personnes racisées, trans, en situation de handicap ou ne parlant pas le français. On ne peut pas se contenter de leur demander de porter plainte tant que le reste ne suit pas : elles doivent pouvoir être entendues, accompagnées et savoir que leur démarche pourra conduire à de réelles améliorations — sanctions proportionnées, soutien effectif et intégration des bonnes pratiques dans la formation et sur le terrain. 

Un dispositif sûr et centralisé pour toutes les victimes de violences basées sur le genre

Il est urgent de créer un point d’accès unique, indépendant et clairement identifié, où toutes les personnes victimes de VGO et de VSS en santé puissent être accueillies sans crainte, informées, accompagnées et orientées selon leurs besoins spécifiques.

S’inspirer du Viogen, dispositif espagnol de suivi intégré des violences basées sur le genre, permettrait d’assurer un traitement intelligent et coordonné des signalements : base de données centralisée et sécurisée, détection des schémas récurrents, partage d’information entre services et activation rapide des mécanismes institutionnels nécessaires. Couplé à une campagne publique ambitieuse sur les violences dans les soins, un tel dispositif offrirait enfin aux victimes un repère clair et accessible — et contribuerait à prévenir les comportements abusifs en rendant le sujet visible, compris et pris au sérieux par l’ensemble du personnel de santé.

Responsabilisation et action à tous les niveaux

En février 2024, le Sénat belge approuvait 89 recommandations pour lutter contre les VGO. De nouvelles propositions validées par l’Académie de Recherche et d’Enseignement supérieur (ARES) ainsi qu’un avis du groupe de travail interfédéral sur les VGO coordonné par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH) seront publiés prochainement. Nous invitons tous·tes les acteur·ices concerné·es à prendre connaissance de ces futurs textes et à mettre en œuvre toutes les mesures opérationnelles possibles, qu’elles soient individuelles ou institutionnelles. 

Au niveau européen, le GREVIO pourrait publier une recommandation générale pour reconnaître officiellement les VGO comme forme de violence basée sur le genre, à l’image de ce qui a été fait pour les violences numériques ou pour les féminicides

Viols et violences sexuelles dans le cadre de soins de santé

Vous pensez être victime de comportements sexuels transgressifs et vous cherchez – en toute confidentialité – des informations (gratuites) sur le cadre légal et/ou les possibilités d’action ? Accédez gratuitement et sans engagement à l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes via le formulaire de signalement en ligne ou via le numéro gratuit 0800/12 800 (tapez 1) (les lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9h à 12h, et le mercredi de 13h à 16h). En dehors de ces heures, vous pouvez laisser un message sur le répondeur afin d’être recontacté·es aussi rapidement que possible.

Si vous êtes ou avez été victime de violence sexuelle dans le cadre de soins, vous pouvez également vous adresser à un professionnel en appelant le numéro gratuit 0800 98 100 ou en envoyant un mail à l’adresse info@sosviol.be  

Soutenir, repérer, intervenir :  ressources pour les témoins de violences obstétricales

La capacité à repérer les transgressions, à analyser ses propres biais et à intervenir de manière adéquate dans un contexte hiérarchisé nécessite des outils spécifiques. Un manuel et une formation élaborés en collaboration avec des professionnel·les de la santé, des chercheur·euses et des représentant·es d’usager·ères afin de fournir des repères clairs et des méthodes pratiques pour ne plus rester les bras croisés face aux violences. “Je vois, j’agis. Intervenir en témoin de violences obstétricales”, des outils proposés par Femmes & Santé, Garance et la PCNR grâce au soutien de la Région wallonne et de la COCOF.

Signataires

La coalition Genre et santé et ses membres

Le CERE – Centre d’Expertises et Recherches sur l’Enfance, la FCPPF – Fédération des Centres Pluralistes  de Planning Familial, Femmes de Droit, Femmes et santé, le GAMS Belgique, la Plateforme citoyenne pour une naissance respectée et le Vrouwenraad.

Autres organisations signataires

Organisations

  1. Aquarelle asbl
  2. Association francophone des doulas de Belgique
  3. Bruxelles Laïque asbl
  4. Centre d’Action Laïque asbl
  5. CEMÉA (Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Active)
  6. Centre de planning familial de La Hulpe, Lasne et Rixensart
  7. Centre de planning familial le Sips, Liège
  8. Centre de Ressources Handicaps et Sexualités
  9. Conseil des femmes francophones de Belgique
  10. Cultures et Santé asbl
  11. Epicentre – Espace de Santé Inclusive 
  12. FiBrom’Out asbl
  13. Hyperemesis Belgium
  14. Isala
  15. La FLCPF – Fédération Laïque de Centres de Planning Familial
  16. La Ligue des familles
  17. FemmesProd
  18. Furia
  19. Garance
  20. Keertij
  21. Observatoire du sida et des sexualités
  22. O’YES
  23. Oxo
  24. Plan International België
  25. Planning familial de Berchem-Ste-Agathe
  26. Plateforme Prévention Sida
  27. Punt.vzw
  28. Naissantiel
  29. Sensoa
  30. Sisters House
  31. Synergie Wallonie pour l’égalité entre les femmes et les hommes 
  32. Sofelia
  33. Soralia
  34. Stop VOG
  35. Timoun asbl
  36. Vie Féminine
  37. Wheel of Care

Individus

  1. Hélène Reul, obstétricienne
  2. Julie SPODEN, médecin généraliste et féministe 
  3. Hanan Ben Abdeslam, sage-femme
  4. Stephen O’Brien, médecin généraliste pratiquant des IVG
  5. Paola Hidalgo, chargée de projets en éducation permanente
  6. Pauline Gérard, sexologue et travailleuse de planning familial
  7. Bérangère De Ketele, sexologue en planning familial
  8. Tiphaine Mouquet, enseignante sage-femme
  9. Pauline Soupa, sage-femme
  10. Julie Servais, doctorante en Santé Publique
  11. Elya Almeleh, sage-femme 
  12. Emeline Lejeune, sage-femme
  13. Marie-Hélène Lahaye, juriste et féministe
  14. Chloé Bruggeman, médecin généraliste en planning familial
  15. Fabien Colle, médecin Santé Publique
  16. July Robert, autrice et traductrice
  17. Laura Gaggiottini
  18. Armelle Cornette, médecin généraliste
  19. Charlotte Reul, sage-femme
  20. Elora Zanella, sage-femme
  21. Eric Cavatorta, chef de service associé de pédiatrie-néonatalogie au CHU Marie Curie Charleroi, maître de stage de pédiatrie-néonatologie ULB et ULg
  22. Lucie Richard, enseignante sage-femme
  23. Laktit Fatima, enseignante sage-femme
  24. Dr Samuel Tihon, médecin généraliste
  25. Elise Derroitte, vice-présidente de la Mutualité chrétienne
  26. Edwige Vanderstraeten, infirmière en centre pour DPI
  27. Victoria Pujol, chargée de l’accompagnement médical – pôle asile et migration
  28. Raphaël Harunur, infirmier (Maison Médicale : Les Houlpays)
  29. Mbimaketa sarina infirmière au centre DPI Forest 
  30. Cathy Mukandu juriste et Présidente de FiBrom’out 
  31. Bénédicte Homerin, coordinatrice du CPF Genval 
  32. Marie Van Gorp, kinésithérapeute
  33. Marjolaine Girardot, psychologue clinicienne
  34. Haulotte Emmanuel, Gestion, Marconi
  35. Amandine Gillain, doula
  36. Zicot Marie-France, formatrice sur les questions de VBG
  37. Caloch Lisa, assistante sociale & animatrice EVRAS
  38. Marie de le Court, juriste
  39. Patricia Mélotte, psychologue
  40. Clée Jordier, doula communautaire
  41. Chloé De Bon, réalisatrice du documentaire ECHOES sur les VGO
  42. Véronique Decarpentrie, psychologue
  43. Frèrès Marion, médecin généraliste en maison médicale et planning
  44. Charlotte Lequeux, kinésithérapeute 
  45. Florence D’haenens, sage-femme et chercheuse spécialisée dans les modèles de santé périnatale
  46.  Dimitra-MariaVardaki- Assistante Sociale au centre DPI Forest 
  47. Sasse Pierre, Médecin généraliste
  48. Rebecca Marsin, sage-femme et Coordinatrice adjointe de la Sisters House
  49. Clémence Vital Durand, sage-femme
  50. Reine Marcelis
  51. Lucile Gely, kinésithérapeute
  52. Marie Grégoire, infirmière pédiatrique et doula
  53. Christine Lilot, médecin généraliste en centre de planning familial
  54. Noémie Gmür, sexologue et hypnothérapeute
  55. Perle Gillet, médecin généraliste
  56. Hélène Hauwen, accueillante et animatrice EVRAS en centre de planning familial
  57. Mélissa Lienard, présidente d’Hyperemesis Belgium 
  58. Laure-Anne Berny, médecin diplômée de santé publique
  59. Titou Boseret, sage-femme
  60. Donatienne Roels, sage-femme 
  61. Ana Hernandez, sage-femme, chef de département à la Haute Ecole Léonard de Vinci
  62. Julie Vanelstlande, psychologue
  63. Laféac Sophie, sage-femme
  64. Judith Allard
  65. Laurence Mentrop, gynécologue
  66. Katty ALEXANDRIS, doula et haptonome 
  67. Charlotte Maryns, doula et accueillante en maison médicale
  68. Marie Fontaine, doula et consultante en lactation

Cette tribune a été publiée dans le journal belge francophone Le Soir mardi 9 décembre 2025. Elle a récolté plus de 100 signatures dont une grande partie de professionnel·les de la santé.