Briser l’omertà autour des violences gynécologiques et obstétricales

Face à la nouvelle déferlante de témoignages en Flandre, les signataires appellent tous·tes les professionnel·les et organisations concerné·es à se mobiliser et à agir concrètement.

Fin novembre, De Morgen relatait les récits de sept femmes accusant un gynécologue flamand d’agressions sexuelles et d’humiliations. Depuis, plus de deux cent cinquante plaintes ont été déposées au Centre flamand de signalement des comportements transgressifs, certaines visant d’autres prestataires de soins. Cette nouvelle vague de témoignages met en évidence des comportements individuels mais aussi des dysfonctionnements structurels et des failles que le secteur ne peut plus ignorer. La méconnaissance des enjeux liés au genre, le sexisme institutionnel, certaines normes socioprofessionnelles ainsi qu’un vide juridique créent un terrain où toutes sortes de comportements problématiques peuvent passer inaperçus, être banalisés ou minimisés.

.Sept femmes se présentent au centre d’accueil des plaintes pour dénoncer un gynécologue flamand : « J’ai dit stop, deux fois, mais il n’a pas arrêté »
Les témoignages relatés dans le journal belge néerlandophone « Le Morgen » le 22 novembre ont déclenché un tsunami. Plus de 250 plaintes ont été déposées au Vlaams Meldpunt Grensoverschrijdend Gedrag.

Des violences invisibilisées pendant des années

Ces violences auraient pu — et dû — être détectées et sanctionnées il y a longtemps. Les victimes n’ont pu compter que sur elles-mêmes pour trouver un espace sûr, s’organiser et prendre contact avec un journaliste pour faire éclater la vérité. Ces démarches devraient être prises en charge par des dispositifs de protection. Mais elles reposent encore majoritairement sur les épaules des victimes. La plupart des professionnel·les ne sont pas des agresseur·euses, mais le problème demeure : malgré des témoignages massifs (#genoeggezwegen, #payetonutérus, #payetongynéco…), une littérature scientifique qui s’étoffe et des alertes institutionnelles, les violences gynécologiques et obstétricales (VGO) restent insuffisamment reconnues et prises en charge en Belgique. Comme plus largement, l’ensemble des violences sexistes et sexuelles dans les soins de santé.

Culture du silence et biais de perception

À partir de quel moment un comportement est-il jugé suffisamment grave pour déclencher une intervention ?

Même après des signalements, certaines patientes ont continué à être adressées à certain·es praticien·nes considéré·es comme de « bon·nes médecin·es ». En quoi cela pose-t-il problème ? Le fait que des professionnel·les de la santé puissent continuer à bénéficier d’une forte reconnaissance, et que leurs compétences ne soient pas remises en question alors même que des comportements transgressifs sont connus, alimente un habitus particulier. Certain·es peuvent alors en profiter pour exploiter leur statut et la posture de vulnérabilité spécifique des patientes lors des consultations, notamment pendant les examens gynécologiques (position sur le dos, jambes écartées, parties intimes exposées…), parfois pendant des années, sans jamais être inquiété·es.

Lorsque les patient·es doivent s’exposer physiquement et émotionnellement — ce qui concerne la quasi-totalité des étapes des trajets de soins en santé sexuelle et reproductive — cette vulnérabilité s’accentue, rendant d’autant plus crucial le respect des droits et des bonnes pratiques par les professionnel·les. Si des règles strictes existent (Loi relative aux droits du patient), leur mise en œuvre se heurte à de nombreux obstacles : méconnaissance des droits par les patientes, injonctions et normes genrées, manque de formation ou de connaissance du cadre légal par les professionnel·les, difficultés à traduire la théorie en pratique. Ces limites expliquent qu’un certain nombre de pratiques problématiques — dont des violences sexuelles commises dans le cadre des soins — aient pu se maintenir pendant des années sans être sanctionnées.

Tant que la culture institutionnelle qui tolère et minimise ces comportements ne changera pas, rien ne garantit que de telles dérives ne puissent pas se reproduire. L’adoption de sanctions proportionnées à la gravité des faits, à tous les niveaux (institutionnel, ordinal et pénal), est indispensable pour que cette culture évolue réellement.

Comme souligné dans l’un des témoignages, même des actes “bien intentionnés” peuvent être profondément transgressifs. Reconnaître et nommer ces expériences est un premier pas vers la transformation des pratiques et permet aux personnes concernées de jouer un rôle actif dans l’évolution des soins.

À quand un #metoo en santé ?

Des professionnel·les s’engagent individuellement, et leur investissement est précieux. Cependant, sans transformation structurelle et institutionnelle, ces efforts resteront isolés. Parler de bientraitance ou de soins respectueux n’a aucun sens tant que le problème et ses racines systémiques restent tabous. Nommer, documenter et comprendre la dimension institutionnelle des violences gynécologiques et obstétricales — même lorsqu’elles semblent mineures — est indispensable pour que le secteur évolue réellement. Sans cette reconnaissance, la méfiance envers les prestataires de soins gynécologiques et obstétricaux risque de s’aggraver, avec des conséquences directes sur la prévention, la santé sexuelle et reproductive et le dépistage de maladies graves.

Aujourd’hui, aucune structure ne permet de signaler de manière sûre, centralisée et réellement efficace les violences basées sur le genre — y compris celles qui surviennent en contexte de soins.

Les victimes de VGO et de violences sexistes et sexuelles (VSS) dans les soins rencontrent de nombreux obstacles pour signaler les violences : sidération, dissociation, peur de ne pas être crues, crainte de revivre des situations traumatisantes ou de subir des représailles… Ces difficultés sont encore plus grandes pour les personnes racisées, trans, en situation de handicap ou ne parlant pas le français. On ne peut pas se contenter de leur demander de porter plainte tant que le reste ne suit pas : elles doivent pouvoir être entendues, accompagnées et savoir que leur démarche pourra conduire à de réelles améliorations — sanctions proportionnées, soutien effectif et intégration des bonnes pratiques dans la formation et sur le terrain. 

Un dispositif sûr et centralisé pour toutes les victimes de violences basées sur le genre

Il est urgent de créer un point d’accès unique, indépendant et clairement identifié, où toutes les personnes victimes de VGO et de VSS en santé puissent être accueillies sans crainte, informées, accompagnées et orientées selon leurs besoins spécifiques.

S’inspirer du Viogen, dispositif espagnol de suivi intégré des violences basées sur le genre, permettrait d’assurer un traitement intelligent et coordonné des signalements : base de données centralisée et sécurisée, détection des schémas récurrents, partage d’information entre services et activation rapide des mécanismes institutionnels nécessaires. Couplé à une campagne publique ambitieuse sur les violences dans les soins, un tel dispositif offrirait enfin aux victimes un repère clair et accessible — et contribuerait à prévenir les comportements abusifs en rendant le sujet visible, compris et pris au sérieux par l’ensemble du personnel de santé.

Responsabilisation et action à tous les niveaux

En février 2024, le Sénat belge approuvait 89 recommandations pour lutter contre les VGO. De nouvelles propositions validées par l’Académie de Recherche et d’Enseignement supérieur (ARES) ainsi qu’un avis du groupe de travail interfédéral sur les VGO coordonné par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH) seront publiés prochainement. Nous invitons tous·tes les acteur·ices concerné·es à prendre connaissance de ces futurs textes et à mettre en œuvre toutes les mesures opérationnelles possibles, qu’elles soient individuelles ou institutionnelles. 

Au niveau européen, le GREVIO pourrait publier une recommandation générale pour reconnaître officiellement les VGO comme forme de violence basée sur le genre, à l’image de ce qui a été fait pour les violences numériques ou pour les féminicides

Viols et violences sexuelles dans le cadre de soins de santé

Vous pensez être victime de comportements sexuels transgressifs et vous cherchez – en toute confidentialité – des informations (gratuites) sur le cadre légal et/ou les possibilités d’action ? Accédez gratuitement et sans engagement à l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes via le formulaire de signalement en ligne ou via le numéro gratuit 0800/12 800 (tapez 1) (les lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9h à 12h, et le mercredi de 13h à 16h). En dehors de ces heures, vous pouvez laisser un message sur le répondeur afin d’être recontacté·es aussi rapidement que possible.

Si vous êtes ou avez été victime de violence sexuelle dans le cadre de soins, vous pouvez également vous adresser à un professionnel en appelant le numéro gratuit 0800 98 100 ou en envoyant un mail à l’adresse info@sosviol.be  

Soutenir, repérer, intervenir :  ressources pour les témoins de violences obstétricales

La capacité à repérer les transgressions, à analyser ses propres biais et à intervenir de manière adéquate dans un contexte hiérarchisé nécessite des outils spécifiques. Un manuel et une formation élaborés en collaboration avec des professionnel·les de la santé, des chercheur·euses et des représentant·es d’usager·ères afin de fournir des repères clairs et des méthodes pratiques pour ne plus rester les bras croisés face aux violences. “Je vois, j’agis. Intervenir en témoin de violences obstétricales”, des outils proposés par Femmes & Santé, Garance et la PCNR grâce au soutien de la Région wallonne et de la COCOF.

Signataires

La coalition Genre et santé et ses membres

Le CERE – Centre d’Expertises et Recherches sur l’Enfance, la FCPPF – Fédération des Centres Pluralistes  de Planning Familial, Femmes de Droit, Femmes et santé, le GAMS Belgique, la Plateforme citoyenne pour une naissance respectée et le Vrouwenraad.

Autres organisations signataires

Organisations

  1. Aquarelle asbl
  2. Association francophone des doulas de Belgique
  3. Bruxelles Laïque asbl
  4. Centre d’Action Laïque asbl
  5. CEMÉA (Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Active)
  6. Centre de planning familial de La Hulpe, Lasne et Rixensart
  7. Centre de planning familial le Sips, Liège
  8. Centre de Ressources Handicaps et Sexualités
  9. Conseil des femmes francophones de Belgique
  10. Cultures et Santé asbl
  11. Epicentre – Espace de Santé Inclusive 
  12. FiBrom’Out asbl
  13. Hyperemesis Belgium
  14. Isala
  15. La FLCPF – Fédération Laïque de Centres de Planning Familial
  16. La Ligue des familles
  17. FemmesProd
  18. Furia
  19. Garance
  20. Keertij
  21. Observatoire du sida et des sexualités
  22. O’YES
  23. Oxo
  24. Plan International België
  25. Planning familial de Berchem-Ste-Agathe
  26. Plateforme Prévention Sida
  27. Punt.vzw
  28. Naissantiel
  29. Sensoa
  30. Sisters House
  31. Synergie Wallonie pour l’égalité entre les femmes et les hommes 
  32. Sofelia
  33. Soralia
  34. Stop VOG
  35. Timoun asbl
  36. Vie Féminine
  37. Wheel of Care

Individus

  1. Hélène Reul, obstétricienne
  2. Julie SPODEN, médecin généraliste et féministe 
  3. Hanan Ben Abdeslam, sage-femme
  4. Stephen O’Brien, médecin généraliste pratiquant des IVG
  5. Paola Hidalgo, chargée de projets en éducation permanente
  6. Pauline Gérard, sexologue et travailleuse de planning familial
  7. Bérangère De Ketele, sexologue en planning familial
  8. Tiphaine Mouquet, enseignante sage-femme
  9. Pauline Soupa, sage-femme
  10. Julie Servais, doctorante en Santé Publique
  11. Elya Almeleh, sage-femme 
  12. Emeline Lejeune, sage-femme
  13. Marie-Hélène Lahaye, juriste et féministe
  14. Chloé Bruggeman, médecin généraliste en planning familial
  15. Fabien Colle, médecin Santé Publique
  16. July Robert, autrice et traductrice
  17. Laura Gaggiottini
  18. Armelle Cornette, médecin généraliste
  19. Charlotte Reul, sage-femme
  20. Elora Zanella, sage-femme
  21. Eric Cavatorta, chef de service associé de pédiatrie-néonatalogie au CHU Marie Curie Charleroi, maître de stage de pédiatrie-néonatologie ULB et ULg
  22. Lucie Richard, enseignante sage-femme
  23. Laktit Fatima, enseignante sage-femme
  24. Dr Samuel Tihon, médecin généraliste
  25. Elise Derroitte, vice-présidente de la Mutualité chrétienne
  26. Edwige Vanderstraeten, infirmière en centre pour DPI
  27. Victoria Pujol, chargée de l’accompagnement médical – pôle asile et migration
  28. Raphaël Harunur, infirmier (Maison Médicale : Les Houlpays)
  29. Mbimaketa sarina infirmière au centre DPI Forest 
  30. Cathy Mukandu juriste et Présidente de FiBrom’out 
  31. Bénédicte Homerin, coordinatrice du CPF Genval 
  32. Marie Van Gorp, kinésithérapeute
  33. Marjolaine Girardot, psychologue clinicienne
  34. Haulotte Emmanuel, Gestion, Marconi
  35. Amandine Gillain, doula
  36. Zicot Marie-France, formatrice sur les questions de VBG
  37. Caloch Lisa, assistante sociale & animatrice EVRAS
  38. Marie de le Court, juriste
  39. Patricia Mélotte, psychologue
  40. Clée Jordier, doula communautaire
  41. Chloé De Bon, réalisatrice du documentaire ECHOES sur les VGO
  42. Véronique Decarpentrie, psychologue
  43. Frèrès Marion, médecin généraliste en maison médicale et planning
  44. Charlotte Lequeux, kinésithérapeute 
  45. Florence D’haenens, sage-femme et chercheuse spécialisée dans les modèles de santé périnatale
  46.  Dimitra-MariaVardaki- Assistante Sociale au centre DPI Forest 
  47. Sasse Pierre, Médecin généraliste
  48. Rebecca Marsin, sage-femme et Coordinatrice adjointe de la Sisters House
  49. Clémence Vital Durand, sage-femme
  50. Reine Marcelis
  51. Lucile Gely, kinésithérapeute
  52. Marie Grégoire, infirmière pédiatrique et doula
  53. Christine Lilot, médecin généraliste en centre de planning familial
  54. Noémie Gmür, sexologue et hypnothérapeute
  55. Perle Gillet, médecin généraliste
  56. Hélène Hauwen, accueillante et animatrice EVRAS en centre de planning familial
  57. Mélissa Lienard, présidente d’Hyperemesis Belgium 
  58. Laure-Anne Berny, médecin diplômée de santé publique
  59. Titou Boseret, sage-femme
  60. Donatienne Roels, sage-femme 
  61. Ana Hernandez, sage-femme, chef de département à la Haute Ecole Léonard de Vinci
  62. Julie Vanelstlande, psychologue
  63. Laféac Sophie, sage-femme
  64. Judith Allard
  65. Laurence Mentrop, gynécologue
  66. Katty ALEXANDRIS, doula et haptonome 
  67. Charlotte Maryns, doula et accueillante en maison médicale
  68. Marie Fontaine, doula et consultante en lactation

Cette tribune a été publiée dans le journal belge francophone Le Soir mardi 9 décembre 2025. Elle a récolté plus de 100 signatures dont une grande partie de professionnel·les de la santé.

Croiser expertises et savoirs pour transformer les soins en santé sexuelle et reproductive

Le 2 décembre dernier, le salon Tools for Care a réuni associations, professionnel·les, étudiant·es et usagères autour d’un objectif commun : réfléchir ensemble à ce que pourraient être des soins réellement respectueux en santé sexuelle et reproductive. Ce moment a illustré, de manière très concrète, à quel point les espaces intersectionnels, transdisciplinaires et fondés sur les vécus sont essentiels pour faire évoluer les pratiques.

Aujourd’hui, la formation et l’organisation des soins reposent encore largement sur une logique verticale, centrée sur les savoirs institutionnels ou scientifiques. Or, « apprendre à soigner » demande aussi d’apprendre à écouter, à co-construire et à reconnaître la légitimité de celles et ceux qui vivent les soins. Les approches de simulation humaine, les jeux de rôle avec patientes expertes ou les ateliers collaboratifs contribuent à ce changement culturel : ils renforcent la démocratie sanitaire, encouragent une posture réflexive et rendent visibles les effets de l’asymétrie fonctionnelle dans les soins.

Soutenir et co-construire de nouvelles manières de prendre soin

Les sept ateliers proposés — quiz interactif sur l’application concrète des droits des patient·es sur le terrain, test d’outils pédagogiques, découverte de ressources pour une santé communautaire, escape game interprofessionnel, supports d’accompagnement… — avaient pour but de mettre en lumière la richesse des approches associatives auprès des participant·es. Au-delà de la découverte d’outils, l’après-midi a permis d’ouvrir le dialogue, d’aborder des sujets sensibles et de souligner la nécessité de créer des espaces où les soignant·es peuvent aussi réfléchir à leurs propres besoins et limites, hors des contextes habituels et des sentiers battus.

Cette édition est intervenue dans un contexte où l’actualité belge rappelle, avec force, l’importance d’entendre les voix des personnes concernées et de reconnaître les défaillances structurelles lorsqu’elles apparaissent. Cela confirme une fois encore que l’amélioration des soins passe par une vigilance collective, un ancrage éthique quotidien et une véritable participation des patientes.

Nous remercions chaleureusement tous nos partenaires :

  • en premier lieu, le département Sage-femmes de la Haute École Vinci ;
  • les nombreux·ses intervenant·es et associations qui ont proposé des outils et partagé leur expertise ;
  • les organisations fondatrices de la Coalition Genre et Santé.

Construire des soins respectueux, accessibles, humains et inclusifs ne peut être qu’un travail collectif. Cette démarche suppose une écoute réelle des usager·ères de soins et des personnes concernées. Leurs vécus, leur expertise, leurs besoins et leurs attentes doivent être au cœur des soins.

Nous remercions chaleureusement tou·tes les participant·es présent·es à cet événement.

Crédit photo : Caroline Watillon

Vous vous sentez concerné·e par cette problématique ? Vous aimeriez participer à une groupe d’échange à ce sujet ? Écrivez-nous en envoyant un mail à coalition@naissancerespectee.be !

Se mettre à l’écoute du vécu des femmes : un besoin essentiel et un enjeu de santé publique*

Lors du colloque organisé par réseau belge des études de genre Sophia, la PCNR, Femmes et Santé et la Coalition Genre et Santé ont proposé un espace dédié violences gynécologiques et obstétricales. Un moment puissant, marqué par le partage et la réflexion collective.

Cet atelier intitulé « De l’invisible au collectif : violences, soins et luttes féministes« , nous a permis de réaliser à quel point les personnes concernées avaient besoin de partager leur vécu, d’être entendues et reconnues. Sans ces espaces, elles se retrouvent souvent seules face à ces expériences souvent marquantes et douloureuses. Les violences gynécologiques et obstétricales (VGO) peuvent affecter durablement toutes les dimensions de l’existence — santé mentale, vie intime, familiale, sociale et professionnelle des femmes concernées. Elles constituent, de ce fait, un enjeu non négligeable au niveau de la santé publique.

La littérature scientifique, désormais plus abondante, et la reconnaissance des violences gynécologiques et obstétricales (VGO) comme une forme spécifique de violence — à la croisée des violences médicales et des violences faites aux femmes — par plusieurs instances nationales et internationales (Conseil de l’Europe, Sénat de Belgique, OMS…) renforcent l’urgence d’agir.

La force de nos organisations réside précisément dans la capacité à créer des espaces où les vécus, les savoirs et les analyses se croisent de manière transdisciplinaire. Des espaces où les personnes concernées ne portent plus seules le poids de ce qu’elles ont traversé, et où le collectif devient un levier d’émancipation et de transformation. Pour poursuivre cet engagement et répondre à un besoin social majeur encore trop peu couvert, il est indispensable de disposer de financements structurels. Ceux-ci restent largement insuffisants, notamment en raison de la reconnaissance tardive de cette forme spécifique de violence basée sur le genre et du vide institutionnel qui en découle.

Nous remercions chaleureusement Sophia pour l’organisation de l’événement, ainsi que toutes les personnes présentes, dont les contributions ont fait de cette rencontre un moment d’une rare intensité. La force des échanges et des partages nous a convaincues de la nécessité de faire exister de tels espaces.

Crédit photo : Michelle Geraardyn

Vous vous sentez concerné·e par cette problématique ? Vous aimeriez participer à une groupe d’échange à ce sujet ? Écrivez-nous en envoyant un mail à coalition@naissancerespectee.be !

La Plateforme nationale représentative de la société civile publie ses recommandations sur le PAN

En ce jour du 45e anniversaire de la Convention internationale pour l’Élimination de la Discrimination à l’égard des Femmes (CEDAW) ainsi qu’en cette journée internationale des migrant·e·s, la Plateforme nationale représentative de la société civile belge, dont la Plateforme citoyenne pour une naissance respectée fait partie publie une série de recommandations au sujet de la mise en œuvre du dernier plan d’action contre les violences basées sur le genre (PAN 2021-2025).L’occasion d’exprimer sa vive inquiétude concernant le manque de moyens alloués au secteur associatif, inquiétude déjà partagée par le GREVIO dans son rapport d’évaluation de 2020. Alors que les négociations pour former le futur gouvernement fédéral sont en cours, la Plateforme invite les autorités à faire de cet enjeu de société majeur une priorité à tous les niveaux de pouvoir.

Une coalition interassociative pour lutter contre les VGO au niveau national

La Plateforme citoyenne pour une naissance respectée (PCNR) a obtenu début 2024 un agrément pour une durée de cinq ans. Financé par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, cet agrément a pour objectif de permettre à six associations membres de former une coalition sur le thème « Genre et santé ».

La PCNR a pour mission coordonner les travaux et rassembler les diverses associations membres autour de la thématique choisie. Pour ce faire, elle a engagé Charlotte Verdin, une de ses membres en juillet. Vous pouvez lui adresser toute demande en lien avec les projets de la coalition via la boîte mail dédiée coalition@naissancerespectee.be.

Outre la PCNR, les associations membres de la coalition sont les suivantes :

  • le CERE (Centre d’Expertise et de Ressources pour l’Enfance), centre d’éducation permanente et de recherche dans le domaine de l’enfance (0-18 ans), qui vise à promouvoir la dignité et l’égalité des enfants. https://www.cere-asbl.be
  • la Fédération des Centres Pluralistes de Planning Familial (FCPPF), qui représente 26 centres de planning familial affiliés sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles et produit des outils pédagogiques et/ou de services en lien avec l’EVRAS (Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle). https://fcppf.be
  • Femmes de Droit, une association belge de soutien et de promotion des droits des femmes https://femmesdedroit.be
  • le GAMS Belgique (Groupe pour l’Abolition des Mutilations sexuelles Féminines), créé en 1996 par Khadidiatou Diallo afin de lutter pour l’abolition des mutilations génitales féminines (MGF) en Belgique et dans le reste du monde. https://gams.be
  • le Vrouwenraad, branche néerlandophone du Conseil national des femmes belges (CNFB), ou Nationale Vrouwenraad van Belgïe, créé en 1905. C’est une organisation coupole qui regroupe diverses associations féministes. https://vrouwenraad.be/

Six autres coalitions ont été financées pour 2024-2028 afin de travailler sur les questions de genre en lien avec les thématiques suivantes : migration, justice, indépendance socio-économique et égalité des genres.

D’autres missions ont été confiées au secteur associatif par l’Institut pour l’Égalité des femmes et des hommes, parmi lesquelles : 

  • la conservation et la valorisation des archives de l’histoire des femmes et de la politique de l’égalité des genres en Belgique (Centre d’archives et de recherche sur l’histoire des femmes asbl/ Archief-en Onderzoekcentrum voor vrouwengeschiedenis vzw), 
  • la documentation dans le domaine de l’égalité des genres (RoSa vzw et l’Université des Femmes),
  • le réseautage et de dissémination d’informations dans le domaine des études de genre (Sophia asbl/vzw),
  • le lieu de rencontre, de rassemblement et de soutien aux organisations oeuvrant pour l’égalité des genres (Amazone asbl/vzw).

Lettre conjointe à la Commission européenne

La Plateforme citoyenne pour une naissance respectée s’est associée à un courrier adressé à la présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen, ce 23 octobre.

Co-signé par de nombreuses organisations de la société civile, des professionnels de santé et des membres du monde académique, la lettre exhorte la Commission à adopter urgemment la recommandation européenne sur la prévention des pratiques préjudiciables à l’égard des femmes et des filles. Elle rappelle à cet égard les engagements pris dans le cadre de la Stratégie en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes et la Stratégie d’égalité LGBTIQ pour la période 2020-2025.

Les quelques 80 signataires demandent notamment à la Commission européenne de s’assurer que la Recommandation contienne des conseils aux états membres en matière de lutte contre les violences gynécologiques et obstétricales. Ils soulignent le contenu des récents rapports indépendants commandés par la Commission européenne et le Parlement européen sur le sujet, tant en ce qui concerne la généralisation des VGO à travers l’Europe que les conséquences de ces pratiques sur la santé physique et mentale des femmes.

Nous vous invitons à prendre connaissance du courrier dans sa totalité ici.

Adoption par le Sénat du rapport sur les VGO

Ce vendredi 2 février, le Sénat a adopté à l’unanimité le Rapport d’information concernant le droit à l’autodétermination corporelle et la lutte contre les violences obstétricales. Il aura fallu 3 années de travail, dont 2 années d’auditions pour aboutir à ce vote. La Plateforme avait ainsi été auditionnée, aux côtés d’expert·es et professionnel·les de la santé ainsi que d’autres associations de terrain.

En juin 2023 pourtant, une première version du rapport, bien qu’adoptée en Commission, se voyait bloquée en plénière suite à des critiques adressées par l’association flamande d’obstétrique et de gynécologie (VVOG) dans un courrier aux sénateurs. La Plateforme citoyenne pour une naissance respectée s’était d’ailleurs insurgée contre le report en Commission à travers un carte blanche publiée dans la foulée.

Après amendements, le rapport est donc désormais adopté par le Sénat.

Ce rapport liste plus de 90 recommandations couvrant les différents aspects de la problématique :

  • la définition et la documentation des violences gynécologiques et obstétricales,
  • la transparence,
  • l’information et la sensibilisation,
  • l’évolution du cadre normatif,
  • l’amélioration des voies de recours et de dépôt de plaintes,
  • l’organisation et le financement,
  • les pratiques de soins,
  • la lutte contre la discrimination et le soutien des groupes vulnérables
  • la formation.

La Plateforme se réjouit évidemment de voir repris sous divers points du rapport les revendications qu’elle porte depuis sa création :

  • une information systématique et complète sur l’accouchement,
  • une transparence des pratiques hospitalières et extra-hospitalières,
  • une prévention des interventions médicales non justifiées,
  • un renforcement des compétences et de la complémentarité des différent.es professionnel.les de la naissance.

Vous pouvez consulter le rapport ici.

Réponse à l’article de Vincent Liévin du 29 novembre 2023 dans Le Spécialiste

Fact News
La plateforme citoyenne pour une naissance respectée (PNCR), asbl qui a commandité l’étude « Accoucher en Belgique francophone avant et pendant le COVID » publiée en 2021, vient de prendre connaissance de l’article du 29 novembre 2023 intitulé « Violences obstétricales: « Nous sommes écoutés, mais pas entendus ». Cet article relate des propos du Professeur Pierre Bernard, président du Collège Royal des Gynécologues Obstétriciens de Langue Française de Belgique (CRGOLFB). 

L’étude susmentionnée de la PCNR y est complètement discréditée ; nous avons pu lire que notre étude était « pseudo-scientifique », « biaisée », « sans méthodologie correcte » et que nous propagions ainsi des « fake news ».

Nous aimerions demander au Prof. Pierre Bernard s’il a pris la peine de lire le rapport complet de l’étude (137 pages qui décrivent en détail la méthodologie et les résultats de l’étude) auprès de plus de 4.200 femmes. Nous invitons tous les lecteurs de cet article à lire ce rapport détaillé.

La PCNR tient à rappeler la rigueur méthodologique avec laquelle cette étude a été réalisée :

  • Une chercheuse indépendante et expérimentée (statisticienne pour le GOPA Luxembourg et chargée d’étude au LISER (Luxembourg Institute of Socio-Economic Research) a été recrutée pour cette recherche (afin, justement, d’éviter les biais).
  • Un comité scientifique a été mis sur pied, incluant plusieurs chercheuses de l’ULB  ainsi que des professionnelles de l’obstétrique.
  • L’enquête a été réalisée à l’aide d’un questionnaire en ligne et s’est déroulée du 4 juin 2021 au 18 juillet 2021. Le public visé par l’enquête concernait toutes les femmes ayant accouché à Bruxelles ou en Wallonie entre le 1er janvier 2019 et le 18 juillet 2021. Ce champ d’enquête nous a permis d’obtenir un large panel de plus de 4200 femmes afin d’effectuer des comparaisons entre les périodes avant et pendant le covid. Nous n’avons pas voulu remonter avant 2019 afin d’éviter les biais de mémoire.
  • Le questionnaire a été diffusé sous le nom « Accoucher à Bruxelles et en Wallonie avant et pendant le COVID ». Cet intitulé neutre a été choisi afin de  favoriser la participation de toutes les femmes, quelles que soient les conditions de leur grossesse et de leur accouchement. Une attention particulière a donc été prêtée à l’intitulé pour ne pas influencer les femmes ayant vécu des violences obstétricales à répondre davantage que les autres femmes à l’enquête. Nous avons ainsi limité le biais de sélection.
  • L’enquête a été relayée par la Ligue des familles, l’Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE), la Ligue des Usagers des Soins de Santé (LUSS), le Guide Social, Yapaka.be, Le Vif, La World Association for Infant Mental Health belgo-luxembourgeoise, les associations et professionnels de la Santé mentale à Bruxelles et en Wallonie, des lieux d’accueil parents-bébés. Ces organismes sont pluralistes et ont été choisis pour éviter un biais de sélection.
  • Notre questionnaire a été construit sur base du questionnaire de l’OMS IMAgiNE EURO Study group, administré à la même période; il a été pré testé avant sa diffusion publique.
  • 5983 femmes ont souhaité participer à l’étude et ont démarré le questionnaire et 4226 femmes répondaient aux critères d’inclusion de l’étude (18 ans ou plus, accouchement à Bruxelles ou en Wallonie entre le 1 er janvier 2019 et le 18 juillet 2021). Le contrôle qualité et le respect des critères d’inclusion ont été strictement observés.
  • Nous avons comparé les caractéristiques de notre échantillon avec les caractéristiques de l’ensemble des femmes qui accouchent à Bruxelles et en Wallonie à partir du CEpiP. Nous avons la même répartition des modes d’accouchement. La différence portait sur le niveau d’étude qui était plus élevé dans l’échantillon de la plateforme, ce qui peut s’expliquer par le fait que le questionnaire était seulement en français et nécessitait des facilités numériques.
  • Nous avons obtenu des résultats similaires aux autres études européennes telles que nous avons pu le voir lors de la journée d’étude SAAGE « Obstetric Violence: Towards New Understanding and Responses » du 6 novembre 2023 à Bruxelles, durant laquelle nous sommes intervenues. Ainsi, une étude via un questionnaire en ligne a été réalisée au Hollande en 2020, pour recueillir les expériences des femmes ayant accouché. Cette étude hollandaise, qui a analysé plus de 12.000 questionnaires, conclut que 36,3% des femmes ayant accouché ont fait l’expérience de soins non respectueux ou de violence.

Toutes les études ont des biais : ils ont été minimisés avec la méthodologie susmentionnée, n’ont jamais été dissimulés et ont été mentionnés lors de chaque présentation publique de l’étude. Cette étude est la première réalisée en Belgique ; elle a été réalisée avec peu de moyens mais sur une base méthodologique solide et cela se confirme par ses résultats qui sont similaires aux autres études européennes.  

Dans les conclusions de l’étude, la plateforme a recommandé que le SPF santé publique lance une étude de grande envergure en Belgique. Nous invitons le Collège Royal des Gynécologues Obstétriciens de Langue Française de Belgique (CRGOLFB) à soutenir cette recommandation et à participer à la prochaine enquête qui, espérons-le, sera menée au niveau national.

Participation au panel du séminaire SAAGE

6 novembre 2023

Ce lundi 6 novembre, la Plateforme avait l’honneur de participer au séminaire « Obstetric Violence: Towards new understanding and response », organisé par le réseau SAAGE à Bruxelles.

Le SAAGE est un réseau d’experts européens chargés de fournir à la Commission Européenne des conseils scientifiques indépendants concernant les questions d’égalité entre hommes et femmes. Dans ce cadre, il réalise notamment une étude sur le sujet de la violence obstétrique dans les Etats membres de l’Union Européenne. L’objectif est de contribuer à une meilleure compréhension du phénomène.

Le réseau SAAGE organisait ainsi, ce 6 novembre, un séminaire intitulé « Obstetric Violence: Towards new understanding and response ».

La Plateforme citoyenne pour une naissance respectée a été invitée à s’y exprimer, après un panel scientifique composé de Patrizia Quattrocchi, Virginie Rozée, Marit van der Pijl, Barbara Holubova et Stella Villarmea.

Le séminaire visait à :

  • partager et approfondir les connaissance et la compréhension du problème des violences obstétricales et des politiques et pratiques nécessaires à leur élimination,
  • stimuler les idées pour proposer des réponses potentielles au niveau européen.