Le 25 septembre 2025 s’est tenu le colloque annuel de la Fédération Laïque des Centres de Planning Familial (FLCPF) à la Cité Miroir de Liège. Au programme : (ré)explorer la thématique du post-partum, ses chiffres, ses enjeux, en compagnie de Yannick Manigart, gynécologue au City Planning du CHU Saint-Pierre, ainsi qu’une flopée d’intervenant·es soigneusement sélectionné·es pour l’occasion.

Le post-partum, un impensé médical et social ? La question est sur toutes les lèvres d’un public venu nombreux dans l’auditoire de la Cité Miroir. On y distingue autant de membres de la FLCPF, que de professionnel·les de la santé et/ou de la périnatalité, venu·es se rencontrer autour d’un enjeu de société publique majeur : celui de la prise en charge médicale et sociale de la période qui suit l’accouchement.
L’après-naissance, encore un tabou
« Avec environ 110 000 naissances par an en Belgique, ce sont plus de 300 000 personnes directement concernées par le post-partum chaque année (si l’on considère que le post-partum dure 3 ans). Pourtant, l’après-naissance est un sujet encore tabou et l’entrée en parentalité est souvent synonyme de difficultés. Avec des séjours à la maternité de plus en plus courts, un manque d’information criant, un suivi médical qui se résume à une consultation de suivi postnatal et un congé du co-parent bien trop court, tout est réuni pour que les jeunes parents (en particulier les mères*) souffrent d’isolement, d’épuisement et/ou de dépression. »
Tout est dit, ou presque, sur la brochure du programme qu’on nous distribue à l’entrée et sur laquelle figure la liste des orateur·ices du jour. L’objectif : lever le voile sur le post-partum, parler des difficultés rencontrées par les mères et les jeunes parents, s’interroger sur le temps, le soin, l’argent consacrés à cette période de grande vulnérabilité et surtout le rôle essentiel que peuvent y jouer les acteur·ices de la santé et de la périnatalité.
Avec Renée Greusard en guise d’introduction, le ton est donné. Avec humour et sensibilité, la journaliste et essayiste féministe, autrice d’ « Enceinte, tout est possible » et « Choisir d’être mère » entre sans détour dans le vif du sujet : la dépression du post-partum. Encore un tabou, auquel cette mère de deux enfants est particulièrement sensibilisée, depuis qu’elle en a fait les frais, comme environ 10 à 15% des mères en Belgique. Que se cache-t-il derrière ces chiffres ? Quels sont les facteurs collectifs et personnels qui engendrent cette « crise » de la parentalité ? Comment remettre la santé mentale et psychique des jeunes parents au centre du débat politique et des mesures gouvernementales ? Autant de questions auxquelles chaque intervention a tenté de répondre tout au long de cette journée.
Un impensé médical et social
Derrière le pupitre se sont d’abord succédé Julie Belhomme, gynécologue-obstétricienne et cheffe de clinique obstétrique (CHU Saint-Pierre) et Laurence Weets, pédopsychiatre (HUB Bruxelles) afin d’évoquer le vécu invisible derrière celui qu’on surnomme « le mois d’or ». « Du bonheur, il y en a souvent, mais c’est aussi une façon de passer sous silence la complexité du post-partum (…) qui est faite de changements physiques, psychologiques, émotionnels et identitaires. » Une période en effet complexe, puisque que si l’on considère qu’elle commence juste après la naissance, sa durée / fin (3 mois ? 1 an ? 3 ans ?) n’a quant à elle jamais été définie officiellement, rappelle Julie Belhomme. Un premier hic, quand on sait que la prise en charge médicale se limite actuellement à une consultation postnatale consistant à vérifier l’état physique et psychologique des jeunes parents, d’évaluer leur récupération après la naissance, et d’aborder des sujets comme le vécu de l’accouchement, l’allaitement, les soins aux nouveau-nés, la contraception, le baby-blues, la dépression post-partum… Le tout concentré sur une consultation qui dépasse rarement les 45 minutes.
Dans un accouchement, la violence n’est pas dans le geste en lui-même, mais dans la manière dont il est fait : sans l’accord, et si le geste est d’une nécessité absolue, sans explication. Weizman
Tout cela, sans parler des maladies mentales ou des troubles psychiatriques qui peuvent refaire surface chez l’un ou l’autre parent particulièrement durant cette période, explique le docteur Laurence Weets, ainsi que leur impact sur le développement psychique de leur enfant. L’occasion de rappeler toute l’importance du contexte et du vécu de l’accouchement, par chacun des parents, susceptibles d’activer ou de réactiver un trouble de stress post-traumatique.

La Belgique, n°1 de la dépression post-partum et du burn-out parental en Europe
Le programme de l’après-midi, lors duquel sont intervenues l’asbl Aquarelle (qui propose un accompagnement médico-social à la naissance pour des personnes issues de l’immigration, en situation de grande précarité), La Ligue des Familles, Charlotte Gélas (gynécologue-obstétricienne, cheffe de clinique adjointe obstétrique au CHU Saint-Pierre) ainsi que Sophie Galler (psychologue, psychothérapeute et sexologue), se concentre sur l’état des lieux général de la prise en charge du post-partum en Belgique, chiffres à l’appui.
Une enquête Solidaris, réalisée en novembre 2023, rappelle qu’en Wallonie, la dépression post-partum touche environ 54% des mères et 28% des pères. Parmi les facteurs de risques, on retrouve – encore – le contexte de l’accouchement ainsi que les complications médicales ou les difficultés rencontrées avec le personnel soignant (confrontation à une douleur insupportable, sentiment de perte de contrôle, manque de soutien et d’écoute de la part des soignants, absence d’explications, absence d’implication des parents dans les décisions concernant leur corps, leur bébé ou leur accouchement, soumission à des actes contraires à la volonté qu’il.elles ont exprimées…). Conclusion : « le fait d’avoir vécu l’accouchement comme une expérience (très) négative est fortement corrélé avec une haute probabilité de dépression », souligne l’enquête.
Soutenir le post-partum est un enjeu essentiel pour nos générations futures : celui de permettre aux enfants d’évoluer dans une société où les mères qui viennent d’accoucher sont soutenues, reconnues et prises en compte et par conséquent moins isolées, vulnérables et en meilleure santé. » La Ligue des Familles – Étude 2022, « Post-partum : il faut soutenir les femmes qui viennent de donner naissance. »

Concernant la dépression post-partum et le burn-out parental, la Belgique est même classée n°1, rappelle Céline Cocq, chargée d’études et d’action politique à La Ligue des Familles, citant une enquête réalisée par Make Mothers Matter en 2024. En interrogeant 9600 femmes dans 11 pays sur leur expérience de la maternité, l’étude révèle que « 54% des mères belges déclarent des troubles de santé mentale, contre 50% en moyenne dans l’Union européenne ». Des chiffres préoccupants qui soulèvent plusieurs problématiques : le temps toujours plus court des séjours en maternité, le no man’s land culturel et représentatif du post-partum, le manque de soutien et d’informations transmises aux jeunes (futurs) parents, le manque de formation et de sensibilisation auprès des professionnel.les de santé, le défaut de dépistage… Bref, un manque de cohérence et de politique claire pour soutenir les personnes qui donnent naissance.
De quoi s’interroger collectivement sur les priorités à faire valoir et les mesures gouvernementales à mettre en place : allonger le congé de naissance et le rendre obligatoire, mieux former les professionnel·les de santé aux spécificités du post-partum, instaurer un suivi spécifique à domicile (comme c’est le cas avec les kraamzorg, chez nos voisins néerlandophones), et systématiser le dépistage de la dépression du post-partum.
