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“Même si je ne sais pas ce qu’iels en font, je suis fière d’avoir écrit ce que j’avais sur le cœur dans le formulaire de satisfaction avant de quitter la maternité.”

“Même si je ne sais pas ce qu’iels en font, je suis fière d’avoir écrit ce que j’avais sur le cœur dans le formulaire de satisfaction avant de quitter la maternité.”

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Le témoignage de Charlotte clôture la campagne 2026 de la Semaine internationale de l’accouchement. Une belle manière de mettre un point final à cette série qui avait pour but de visibiliser des vécus singuliers autour de la naissance et de la périnatalité en plaçant l’accent sur le pouvoir d’agir des femmes et personnes concernées.

« J’ai été suivie dans une structure hospitalière et globalement ça s’est bien passé, avec beaucoup de soin à plein d’endroits. À chaque rendez-vous, la gynécologue prenait bien soin de reposer la question ou de vérifier dans le dossier si je connaissais le sexe du bébé. Cependant elle ne s’intéressait jamais à la composition familiale. »

« En tout début d’accompagnement, l’information que j’étais mère monoparentale avait été notée dans mon dossier mais elle n’a plus jamais été prise en compte par la suite : il était toujours présumé que cet enfant était le projet d’un couple hétérosexuel. »

« C’est une bête fatigue à devoir gérer en tant que mère monoparentale, et qui plus est c’est facilement évitable. Si dans le protocole on demande de s’assurer de la connaissance ou non du sexe de l’enfant, on peut ajouter cette autre vérification systématique. »

« Le jour de l’accouchement, je suis arrivée en salle d’accouchement accompagnée d’un·e ami·e avec un passing* indéterminé et l’une des sages-femmes (qui n’était pas celle qui me suivait) s’est retrouvée hyper gênée de la présence de cette personne. « 

« Après s’être dit que c’était le deuxième parent, elle s’est mise à lui parler uniquement à ellui et plus à moi qui (en couple ou pas en couple) aurait été à priori la première personne concernée, puisque de manière évidente sur le point d’accoucher.

Le matin du déclenchement on m’a demandé de revenir le lendemain. Pour moi ce n’était pas possible, et je leur ai dit. En effet, j’étais fatiguée, prête à accoucher et la personne qui m’accompagnait devait prendre un train le lendemain vers 18h. Au téléphone, la sage femme reformule un truc du type “Ok, si votre mari ne peut pas venir demain, on va essayer de vous accueillir aujourd’hui mais alors venez plutôt vers telle heure.”

« Je ne sais plus comment elle l’a formulé mais elle a utilisé le mot « mari » ce qui n’était pas approprié du tout vu ma situation. C’est une micro agression qu’en fin de grossesse je n’avais plus du tout la capacité de gérer. J’ai passé une heure à pleurer seule chez moi et à me dire quelle monstrueuse personne j’étais car ces violences là mon bébé risquait de les subir quotidiennement quand elle serait plus grande. »

Charlotte est mère monoparentale d’une enfant de 7 mois. Au quotidien, elle défend les droits des femmes et des minorités de genre, en particulier des familles monoparentales, sur les questions de logement.

« Heureusement maon ami·e est très vite arrivé·e et la sage femme qui nous a accompagné·es toute la journée en salle d’accouchement avait posé directement toutes les bonnes questions et créé le dialogue pour ne pas commettre ces formes de violence. »

« Je suis donc également fière de M. qui m’a accompagnée le jour de l’accouchement. J’ai pu me reposer sur ellui. Iel a pris totalement à sa charge de prévenir les potentiels paroles ou actes qui auraient pu être vécus comme des violences. »

M., qui a accompagné Charlotte a ajouté “’c’est gentil, merci pour la confiance, et tu peux aussi être fière de toi d’avoir demandé de l’aide et que je vienne t’accompagner dans un moment de grande vulnérabilité :)”

Nous aussi nous trouvons que Charlotte peut être fière d’avoir osé demander de l’aide et d’avoir insisté face au corps médical pour que le déclenchement ne soit pas reporté.

À propos de Charlotte

Charlotte est mère monoparentale d’une enfant de 7 mois. Au quotidien, elle défend les droits des femmes et des minorités de genre, en particulier des familles monoparentales, sur les questions de logement.

*Passing

Définition du glossaire de Genres pluriels, une super asso qui organise des actions de sensibilisation et de formation dans le but d’offrir plus de visibilité aux personnes aux genres fluides, trans et intersexes.

« Terme ambigu à manier avec précaution. Le terme-concept de passing est le fait pour une personne de « passer pour » une personne cisgenre. Dans certaines situations, il s’agit pour les personnes transgenres d’assurer leur sécurité ou leur inclusion dans la société. Le terme est problématique parce qu’il contient une idée de dissimulation et qu’il sous-entend que la responsabilité de l’inclusion sociale incomberait à la personne oppressée plutôt qu’à l’oppresseur.”

Voici un autre éclairage transmis par M. en ce qui la concerne :

“J’ai un passing de femme cis-genre, plutôt queer, alors que je suis une personne non-binaire. C’est juste que je ne souhaite pas « avoir l’air androgyne comme la société s’attendrait à ce que je ressemble en tant que non-binaire » c’est difficile à expliquer.”

M.  a offert un point de vue supplémentaire : “Je me rappelle que quand on attendait pour que tu puisses prendre le médicament pour le déclenchement, avec le monitoring du bébé, la sage-femme qui est entrée dans la salle, et qui n’était pas celle qui te suivait à ce moment là, a présumé que j’étais la doula, puisque j’ai un passing plutôt de femme cisgenre, et a demandé où était ton mari. 

Après l’accouchement, le lendemain matin, c’est la médecin (je crois) qui s’adressait uniquement à moi et à qui j’ai fait la remarque que je n’était pas co-parent, que j’accompagnais juste, et que c’était bien gentil de me prendre en compte mais voilà, c’etait toi la maman. Et elle a un peu vite balayé ça en disant « oui mais les couples aujourd’hui, j’ai présumé que vous étiez l’autre parent et je ne voulais pas vous exclure ». ça partait cela dit d’une bonne intention, mais encore une fois pas d’option possible pour une autre configuration familiale.”

Des familles multiples, des réalités encore invisibilisées

Le témoignage de Charlotte et les mots de M. mettent en lumière une réalité encore trop peu prise en compte dans les soins périnataux : la diversité des configurations familiales et des identités de genre. Les présomptions autour du couple hétéroparental, du rôle du “père” ou encore de l’apparence de genre peuvent sembler anodines, mais elles participent à rendre certaines personnes invisibles, voire illégitimes, dans leur propre parcours de soin. Pour les familles monoparentales, LGBTQIA+ ou hors des normes majoritaires, devoir corriger, expliquer ou anticiper ces maladresses représente une charge émotionnelle supplémentaire dans un moment déjà particulièrement vulnérable.

Plusieurs institutions de santé publique soulignent pourtant l’importance de soins inclusifs, respectueux et exempts de discrimination. L’Organisation mondiale de la Santé rappelle que les soins pendant l’accouchement doivent préserver la dignité des personnes, garantir des choix éclairés et permettre un accompagnement respectueux de leurs besoins et réalités. Dans la même perspective, de nombreuses recherches en santé LGBTQIA+ montrent que les personnes dont les parcours familiaux ou identitaires sortent des normes dominantes sont davantage exposées à des expériences de stigmatisation ou d’invisibilisation dans les soins, avec des impacts concrets sur leur sentiment de sécurité et leur santé mentale.

Faire entendre nos voix, accoucher avec fierté

Cette campagne s’inscrit dans le cadre de la Semaine internationale pour des naissances respectées, une initiative du European Network of Childbirth Associations (ENCA), un réseau européen d’associations engagées autour de la naissance et des droits des personnes qui accouchent. Le thème de cette année, “Birth Loud & Birth Proud”, invite à rendre visibles les expériences, les voix et les réalités vécues autour de la grossesse, de l’accouchement et du post-partum.

Nothing about us without us

Cette semaine, nous mettons en lumière des récits de personnes et des expériences diverses autour des trajets de grossesse, de post-partum d’accouchement. Visibiliser des réalités différentes et des vécus complexes autour de cette période est un défi. Aucune campagne ne pourra représenter toutes les expériences. Nous essayons malgré tout d’ouvrir des espaces et de faire résonner les voix des personnes concernées car nous sommes persuadées que les femmes et personnes enceintes sont les premières expertes de leur corps. Leurs ressentis, leurs savoirs, leurs vécus et leurs besoins comptent. Le rôle de la société, des professionnel·les et des institutions est de leur offrir le respect, les ressources et le soutien nécessaires pour qu’elles puissent nourrir leur confiance en elles et accueillir et prendre soin de leur nouveau-né dans de bonnes conditions.

Se mettre à leur écoute est la meilleure manière de faire évoluer notre société et nos institutions pour des soins toujours plus respectueux des droits des usagères.

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