Pour la première fois, une définition officielle, construite collectivement et validée par l’ensemble des parties prenantes — associations, professionnel·les de santé et institutions est publiée dans une recommandation de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH). Une étape importante en Belgique.
Le 20 mars 2026, au terme d’une année de concertation, un groupe de travail rassemblant autorités publiques, professionnel·le·s de santé et associations de patientes publiait aujourd’hui une recommandation majeure consacrée à la prévention et à la prise en charge des violences gynécologiques et obstétricales (VGO) en Belgique. Fruitd’une collaboration inédite entre tous les acteurs concernés, cette recommandation fixe les priorités d’une politique coordonnée : renforcer l’information, placer le consentement des patientes au cœur de la prise en charge, améliorer la formation des soignant·e·s, soutenir leurs conditions de travail et consolider la prévention.
La définition
Dans l’avis publié le 20 mars dernier, les violences gynécologiques et obstétricales (VGO) sont définies comme tout acte, parole, comportement ou omission survenant dans le cadre des soins en santé sexuelle et reproductive qui porte atteinte à l’intégrité physique ou psychologique des patientes. Les VGO y sont décrites comme prenant différentes formes : absence de consentement éclairé, banalisation ou déni de la douleur, propos humiliants, gestes médicaux non justifiés ou encore non-respect des choix des patientes. Ces situations, poursuit-t-on, surviennent à différents moments du parcours de soins, mais aussi plus largement tout au long de la vie des femmes*. Elles peuvent avoir des conséquences durables sur la santé physique et mentale des patientes, mais aussi sur leur confiance dans le système de soins. Les VGO ont également des conséquences sur les professionnel·le·s : être confronté·e·s à des situations de violence parfois exercées contre son gré, en raison de contraintes organisationnelles, institutionnelles ou hiérarchiques, peut entrainer chez les soignant·e·s une détresse émotionnelle et un profond malaise éthique.
Cette reconnaissance constitue une avancée majeure. En nommant des réalités longtemps invisibilisées, cet avis publié au niveau fédéral permet de créer un cadre commun et de poser les bases d’une compréhension partagée de ces violences. Résultat de plusieurs années de mobilisation de la société civile, elles a été endue possible grâce à de nombreux témoignages et à un important travail collectif.
Sept pistes pour améliorer la prévention et la qualité des soins
La recommandation formule plusieurs pistes d’action à destination des autorités fédérales, communautaires et régionales afin de renforcer la prévention et la prise en charge des VGO en Belgique.
Parmi les principales pistes d’action :
- mieux informer les patientes sur leurs droits en santé sexuelle et reproductive ;
- renforcer la place des patientes dans les décisions concernant leur santé et le respect du consentement éclairé ;
- améliorer les dispositifs de médiation et les mécanismes de signalement ;
- renforcer la formation initiale et continue des professionnel·le·s de santé sur ce thème ;
- développer la collecte de données et la recherche sur le phénomène ;
- soutenir les associations actives en santé sexuelle et reproductive qui représentent les patientes ;
- améliorer les conditions de travail dans les services de santé sexuelle et reproductive.
L’objectif principal ? Promouvoir une relation de soin fondée sur la confiance, la communication et la prise de décision partagée.
Les organisations impliquées appellent désormais les autorités compétentes à s’appuyer sur cette recommandation pour développer une politique coordonnée de prévention et de lutte contre les violences gynécologiques et obstétricales (VGO) en Belgique.
Une étape importante, pas une fin en soi
Pour que les pratiques puissent réellement évoluer sur le terrain, les recommandations qui accompagnent la définition devront se traduire en actions concrètes, en mesures structurelles et en un soutien durable pour les associations qui accompagnent et soutiennent les personnes ayant subi des soins inadéquats. Pour passer de la reconnaissance à la mise en œuvre, il faudra des moyens, du temps et une volonté politique forte. La qualité des soins ne peut être dissociée des conditions dans lesquelles ils sont prodigués : financement des maternités, soutien aux équipes, formation continue, espaces de parole et de supervision, reconnaissance du travail relationnel.
Si nous souhaitons promouvoir un système de santé et une organisation des soins qui tiennent réellement compte des besoins et des réalités des personnes, — condition essentielle à des relations de soin fondées sur la confiance et la prise de décision partagée — il est indispensable de mettre en place des dispositifs durables et égalitaires permettant la représentation des voix des femmes et des personnes concernées, y compris les plus précarisées, dans les politiques publiques et dans les structures. Leurs vécus ne sont pas seulement des témoignages, mais des savoirs essentiels pour comprendre et transformer les pratiques de soins.
En ce qui concerne la périnatalité et les autres phases de la vie sexuelle et reproductive, la confiance dans le système de santé a été mise à mal. Ce n’est pas anodin. Les milliers de témoignages et les plaintes, désormais étayés par une littérature scientifique croissante, montrent que l’écoute et la prise en compte des vécus sont indispensables pour construire — et, lorsque nécessaire, reconstruire — cette confiance.
La publication de cet avis ouvre donc une nouvelle phase. Une phase exigeante, qui demandera de se retrousser les manches collectivement pour faire évoluer les pratiques et garantir des soins réellement respectueux des droits des femmes, notamment en matière de protection, de soutien et d’accompagnement des personnes concernées.
En ce qui nous concerne, nous considérons que cette transformation ne pourra se faire sans un soutien stable et durable aux organisations expertes qui accompagnent, soutiennent et documentent les réalités vécues sur le terrain depuis des années.
