Monsieur le Rédacteur en chef du Soir,
Madame Catherine Fonck, Députée,

La Plateforme pour une Naissance respectée s’insurge contre la manière emprunte de désinformation et de sexisme dont Le Soir a traité l’accouchement dans l’eau ce lundi 23 mai. Votre manchette annonce en Une « accoucher dans l’eau: c’est tendance, inutile et dangereux« . Vous titrez ensuite « accoucher sous l’eau, une mode dangereuse« . S’en suit un article totalement à charge qui se base sur une étude américaine à la méthodologie contestable.

Pour rappel, la méta-étude randomisée contrôlée de référence sur l’accouchement dans l’eau est « Immersion in water in labour and birth« . Cette étude Cochrane démontre que l’accouchement dans l’eau n’est pas inutile : « Les résultats de la première phase du travail ont montré une réduction significative du taux d’analgésie/d’anesthésie épidurale/rachidienne/paracervicale chez les femmes appartenant au groupe immergé dans l’eau par comparaison aux témoins. Une diminution de la durée de la première phase du travail a également été notée. »

Cette étude de référence démontre qu’il n’est pas dangereux ni pour la mère, ni pour le bébé : « Aucune différence n’a été constatée au niveau des accouchements assistés par voie basse, des césariennes, des perfusions d’ocytocine, du traumatisme périnéal ou des infections maternelles. Un score d’Apgar inférieur à sept à cinq minutes, les admissions en unité de soins néonataux ou les taux d’infection néonatale n’étaient pas différents. »

La conclusion des auteurs est la suivante: « Il n’existe aucune preuve de l’augmentation des effets indésirables pour le fœtus/nouveau-né ou la mère suite à un travail ou à un accouchement dans l’eau. Les études sont toutefois très variables et certains résultats se sont révélés extrêmement hétérogènes. Des recherches supplémentaires doivent être menées. »

Votre article est totalement à charge parce qu’outre le fait qu’il donne la parole à des spécialistes des accouchements pathologiques (alors que l’accouchement dans l’eau est réservé aux accouchements à bas risque), il n’interroge aucun défenseur de l’accouchement dans l’eau. En effet, le docteur Magali Eykerman ne le refuse pas mais précise que « Quand nous les informons que des accidents ont été constatés, comme des déchirements de cordon et des noyades, la plupart changent d’avis. » . Elle reconnait donc manipuler les parents pour qu’ils ne le fassent pas, ce qui contraire aux Droits du patient.

Votre page poursuit dans le déni des souhaits et choix des futures mères que vous considérez comme illégitimes.  « Le spécialiste admet que cette demande « fait sans doute écho à une trop grande médicalisation de la naissance des dernières décennies. Nous faisons des efforts pour que les mamans puissent accoucher de manière totalement médicalisée. Si aucun problème ne survient, elles n’auront pas l’impression d’être hospitalisées. »

Enfin, votre article, en plus de pratiquer la désinformation et de distiller la peur par des titres alarmistes, est emprunt de sexisme. En effet, en assimilant l’accouchement dans l’eau à « une mode« , à « une tendance« , vous réduisez les choix murement réfléchis et informés des femmes qui optent pour ce mode d’accouchement à des êtres futiles et frivoles qui mettent leur enfant au monde comme elles achèteraient des chaussures.

Un tel traitement journalistique est indigne d’un quotidien qui se veut de référence dans le paysage médiatique belge. Nous exigeons donc un droit de réponse consistant à la publication des sept paragraphes ci-dessus.

Madame la députée, la Plateforme pour une Naissance respectée est particulièrement inquiète que vous repreniez à votre tour, sans la moindre distance critique, les propos de cet article, en ce compris son traitement sexiste par l’usage du terme « mode ». Nous espérons qu’il ne s’agit que d’une simple erreur de jugement. Puisque vous êtes sensible à l’impact de certaines procédures sur les mères et les bébés, nous serions ravis de vous rencontrer pour vous présenter les effets délétères des interventions telles que le déclenchement, l’injection d’ocytocine, les touchers vaginaux à répétition et autres cascades d’interventions sur le déroulement de l’accouchement. Nous espérons que vous aurez à cœur de soutenir les femmes et les couples qui souhaitent mettre leur enfant au monde dans les meilleures conditions possibles, dans toute la sécurité physique, émotionnelle et affective liée à cet événement.

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